extrait du texte de théâtre Promis juré crashé

Lire un extrait de promis juré crashé version 6 personnages

Les personnages (2H/4F ou 3H/3F)

Bertrand : Commandant de bord, névrosé

Yvan : Co-pilote, brimé par Bertrand

Martine : Hôtesse de l’air, à l’opposé de l’image que l’on a d’une hôtesse de l’air. Franc parler et français approximatif

Monica : Autre passagère, enceinte

Lucie : Personne de bonne tenue. Elle représente le diable.

Elle est habillée de noir avec une cape et un chapeau haut de forme.

(Ce rôle peut-être également interprété par un homme : Luc)

Angèle : Gavroche, et franc parler. Elle représente un ange déchu.

Aube blanche passablement délavée. Dans le dos elle n’a plus qu’une aile.

Sur la tête une auréole.

Le public : Autres passagers

Début de l'acte 1

(Rideau fermé. L’action débute dans la salle)

Voix off : Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, chers passagers, bonsoir et bienvenue à bord du vol AB-123. Le décollage est prévu dans quelques minutes. La durée de notre voyage est estimée à 2h00. L’atterrissage est donc programmé aux environs de 23h30 heure locale. Notre vol sera sans encombre. A destination, la température au sol est d’environ 17°.

Bertrand : (Entre par le fond de la salle, paraissant être un passager lambda. Pantalon bleu marine, chemise froissée et débraillée. Il est mal rasé. Il chante) « Allô Papa Tango Charly. Allô Papa Tango Charly, nous nous dirigeons plein s++ud, vers le triangle des bermuuuuuuudes… ». (Tout en continuant d'avancer vers la scène) « Tout’ ma chienne de vie j’ai rêvé d’être une hôtesse de l’air. Tout’ ma chienne de vie j’ai rêvé d’avoir les fesses en l’air… ». « Comme un z’avion sans aile, j’ai chanté tout’ la nuit… ». (Il monte sur scène, puis au public) Si je chante, c’est pour m’détendre… l’avion, moi, ça m’fout les j’tons… pas vous ? (Il disparaît derrière le rideau).

(Arrivée de Martine qui passe parmi les spectateurs. Elle s’arrête ici et là pour demander si tout va bien. Elle est suivie par Monica passagère de Classe Affaires encombrées par ses bagages).

Monica : (Arrive, haletante. Elle a failli louper l’embarquement. Elle est enceinte jusqu’au cou et traine une énorme valise. Passant dans l’allée centrale) Excusez-moi… (Tapant ici et là dans les chaises). Pardon. (Puis s’arrêtant. Elle s’éponge le visage et interpelle un spectateur    Excusez-moi, vous pourriez me laisser votre place 2 minutes, que je reprenne ma respiration. (Elle s’assoit) Merci. Vous savez où est la première classe ? (Après un temps, elle se relève) Merci. Bon voyage. (S’adressant toujours au même spectateur) Ah… vous pouvez m’aider à monter mes valises, s’il vous plait (montrant son ventre rond). (Une fois la valise montée) Merci beaucoup.]

(Le rideau s’ouvre. Yvan est assis aux commandes de l’appareil, contrôlant les instruments de bord, le manuel de vol à la main.. Monica  est accueillie par Martine qui la guide vers sa place et l’aide à ranger ses bagages).

[Voix Off : Chers passagers, pour toujours plus de sécurité nous vous informons que la compagnie CPPM apporte le plus grand soin à la sélection de son personnel navigant. Ainsi tous nos pilotes ont plus de 20 ans d’expérience et 20.000 heures de vol à leur actif.]

Côté Cockpit

(Pendant ce temps : entrée de Bertrand côté cockpit. Casquette de travers, veste sur l’épaule et cravate desserrée. Il tient une bouteille de Whisky à la main).

Bertrand : Salut la compagnie ! (Il chante) « Ça plane pour moi, houhouhou… ». (Il passe derrière Yvan, lui fait tomber sa casquette en ricanant. Il s’installe aux commandes aux côtés d’Yvan et boit une gorgée d’alcool).

Bertrand : Alors, prêt minot ?

Yvan : Je ne suis toujours pas votre fils, je ne suis pas non plus un gamin, alors cessez de m’appeler « minot ».

Bertrand : Ok « mi…nable » (ricanant). Bon tu lances le speech de départ ? Ch’uis crevé moi.

Yvan : Ok (Il saisit le micro et va pour commencer à parler).

Bertrand : (Sans aucun regard pour Yvan, Bertrand arrache le micro des mains d’Yvan. Il commence à parler de façon blasée) Bonjour, je m’appelle Bertrand, je suis votre commandement de bord. J’ai la lourde tâche de vous accompagner jusqu’à destination…

Côté passagers

Monica : Ben encore heureux qu’il ne se fasse pas la malle en plein vol.

Côté cockpit

Bertrand : …Mesdames, Messieurs, vous n’êtes pas sans savoir que la compagnie CPPM a le privilège d’employer les plus belles hôtesses d’Europe de l’Ouest. Malheureusement, j’ai le regret de vous annoncer qu’aujourd’hui c’est leur jour de repos, mais en cas de problèmes n’hésitez pas à solliciter Monique.

Côté passagers

Martine : (Fort à l’adresse de Bertrand) Martine ! Crétin ! (Elle sort)

Côté cockpit

Bertrand : (Sèchement) Merci et bon vol.

(Yvan hausse les épaules).

Bertrand : Lady et gentleman it is your commandant de bord qui talking to you. The company Ci-Pi-Pi-M’ have beautiful hôtesses du style Adriana Karembeu but aujourd’hui she is pas là. If you have un problem y’ a qu’à demander à Monique, alias Martine Crétin (il ricane puis, sèchement) : Tank you et good vol.

Côté passagers

Martine : (Martine passe la tête côté cockpit) Toujours aussi sympa avec le personnel « Môssieur » le commandant… tu ferais mieux d’envoyer les consignes de sécurité.

Bertrand : (A lui-même) C’est ça, va faire l’épouvantail.

Martine : Pardon ?

Bertrand : Euh… non j’disais… les consignes… en Flamand ou en Thaï…? (Rire gêné).

(Martine sort côté passagers)

Côté cockpit

Bertrand : (Jetant un œil pour vérifier qu’elle est partie, à Yvan) Elle a plus un physique à effrayer les oiseaux sur la piste. Tu trouves pas ?

Yvan : Allez donc lui dire en face.

Bertrand : Oui bon ça suffit ! (Bertrand met une cassette dans le lecteur) Attention, DJ Bébert et son assistant Tatayé aux manettes. (A Yvan) Monte le son, y’a des sourdingues en bas.

(Côté passagers Martine entre avec un chariot de supermarché pour enfants. Elle se met en place dos au public. Côté cockpit Yvan  appuie sur le bouton des consignes. Une musique Zouk se diffuse. Côté passagers Martine entame une danse en rythme avec la musique. Puis s’arrête net. Elle court côté cockpit).

Martine : Tu t’es encore gouré Bertrand. C’est pas les consignes. C’est du zouk.

Bertrand : Hein ?

Martine : T’as mis la Compagnie Créole à la place des consignes.

(Yvan, dépité, ressort la cassette qui est toute débobinée. Bertrand boit une rasade de Whisky. Yvan insère une autre cassette. Pendant ce temps Côté passagers retour de Monica à sa place et de Martine en position pour les consignes. Le bon message de sécurité est diffusé. Martine reprend son mime, cette fois elle est face au public. Pendant la diffusion du message suivant elle prendra les accessoires disposés dans le chariot).

Côté passagers

Voix off : Mesdames, Messieurs, votre attention s’il vous plaît. Nous vous remercions de prendre connaissance des consignes de sécurité suivantes : lors de votre embarquement, nos hôtesses vous ont remis un document (Martine montre un document de plusieurs centaines de pages type dictionnaire). Si vous n’êtes pas en possession des consignes de sécurité vous pouvez vous les procurer auprès de notre hôtesse au prix de 12€90. En cas d’accident, des masques à gaz… euh non pardon, à oxygène tomberont sur vos genoux (Martine montre un masque à gaz). Sous votre siège vous trouverez un gilet de sauvetage (Martine montre une bouée canard). Pour le gonfler, merci de souffler dedans (Martine souffle dans la bouée). Attention nous n’avons plus de taille 54/56. Si vous ne savez pas nager, accrochez-vous à notre hôtesse. Les issues de secours sont positionnées au fond (Martine montre), à droite (Martine montre) et à gauche (Martine montre). Attention il y en a une qui ne s’ouvre plus. (Puis changeant de conversation) non Monsieur, la porte de droite ce sont les toilettes. Si elle est verrouillée cela signifie que c’est occupé. Merci donc d’attendre votre tour. L’évacuation de l’appareil se fait selon le prix des places, des plus chères (elle montre la « Classe Affaires ») aux moins chères (Elle montre le public). Pour ne pas perturber le bon fonctionnement des appareils électroniques de navigation, tels que le GPS Tamtam, le régulateur de vitesse, l’autoradio Bluetooth, nous vous demandons de bien vouloir couper vos téléphones portables. (Martine sort un téléphone portable et une paire de ciseaux et fait le geste de couper le téléphone). Mesdames, Messieurs il ne vous reste plus qu’à la boucler… je parle de la ceinture bien sûr (Martine fait la démonstration avec une ceinture de pantalon). Merci de votre attention et… bonne chance.

Martine : (Les consignes terminées, elle ramasse ses affaires et se rend côté cockpit) C’est tout bon. Si t’as fait le plein d’essence, on peut y aller.

Côté cockpit

Yvan : (Se met à rire) Oh Madame Martine vous me faites rire…

Bertrand : (Le singeant) « Oh Madame Martine vous me faites rire ». Eh mollo Casanova, c’est une propriété privée ça (désignant Martine). Tiens à propos de plein, y’a pas que ce coucou qu’a besoin de carburant pour planer (il boit une gorgée de Whisky).

Martine : Quand est ce que t’arrêteras de picoler ?

Bertrand : Quand j’aurais plus besoin de courage pour affronter le danger. Prête à t’envoyer en l’air ?

(Martine hausse les épaules et rejoint son siège côté passagers. Elle boucle sa ceinture).

Côté cockpit

Bertrand : (A Yvan) allez minus mets les gaz, j’enlève le frein à main. (Bertrand desserre le frein à main. Yvan abaisse la manette des gaz. Bruit d’avion qui s’élance. Les pilotes et passagers tressautent sur leur siège. Martine est assise au premier plan le regard dans le vide…)

Bertrand : Youhou !!!

(Au son de l’avion qui décolle,  le noir s’installe peu à peu sur scène, puis la lumière revient progressivement).

Côté cockpit

Bertrand : A y’est. Vol AB-123  à tour de contrôle, Altitude 11.000 mètres, vitesse de croisière 900 km/h, température extérieure moins 58°… et pilotage automatique enclenché. Si besoin adressez-vous au minot, moi je coupe le son. (Il s’étire) Bouh ! J’suis crevé (Il se lève).

Yvan : Qu’est-ce que vous faites ?

Bertrand : A ton avis… une p’tite sieste… 1h00 sur chaque oreille.

Yvan : Je vous rappelle, encore une fois, que c’est contraire au règlement.

Bertrand : C’est bon gamin, c’est pas au vieux chimpanzé que tu vas apprendre à faire la grimace. Tout’ façon, cet engin peut voler tout seul. Et pis j’vais dire mon p’tit bonhomme, quand on aura atterri, dans 2h00, je rends les clés du bahut et « VIVE LA R’TRAITE ». J’ai passé la moitié de ma vie aux manettes des plus gros engins volants qu’existent sur cette terre, alors, si avec ça j’ai pas l’droit au repos éternel, faudra qu’on m’explique…

Yvan : Je ne sais pas ce qui m’a pris de prendre votre défense devant la commission des sanctions disciplinaires.

Bertrand : Le syndrome de Stockholm, ça te parle ?

Yvan : Je suis votre second, pas votre otage. Quand je pense que vous n’avez même pas proposé mon nom à l’accession au poste de commandant de bord.

Bertrand : Ben quoi Mermoz ? Tu crois qu’t’as l’apanage des grands héros ? Ben non. T’es juste un larbin… un bon larbin, j’le reconnais, mais un larbin quand même. MON larbin (il ricane). Alors tu la mets en veilleuse, tu obéis aux ordres du commandant, et tu bosses pendant que MOI je médite. (Il boit une bonne gorgée de Whisky) Quel bonheur ce petit plaisir. (Il sort quelques médicaments et les avale avec le Whisky). Ma p’tite drogue… bueno ! (Il sort fond de scène).

Côté passagers

Martine : (Elle détache sa ceinture et se lève) Mesdames, Messieurs, vous pouvez maintenant détacher vos ceintures. A votre disposition, magazines, jeux, films sur demande à partir de 9,90 €. Bonne continuation. Je reste à votre disposition. (Elle entre dans le cockpit)

            Côté cockpit

Martine : Ah… il est encore parti pioncer. Il t’a encore laissé tout seul.

Yvan : Oh vous savez, piloter seul ou co-piloter avec un commandant constamment ivre, le choix n’est pas bien compliqué.


Martine : C’est pas très faux.

Yvan : Madame Martine, j’ai une petite envie…

Martine : (Le coupant) Dis-donc, c’est pas parce que mon bougre de mari roupille comme une tombe à côté, qu’y faut en profiter pour me faire des avances.

Yvan : Mais non madame Martine, loin de moi cette idée, vous pensez-bien que…

Martine : (Vexée) C’est ça ! Dis aussi que j’suis pas à ton goût pendant que tu y es. Gougeât !

Yvan : Non, ce n’est pas ça… enfin si… mais je veux dire… là toute suite ce n’est pas possible… je voudrais aller me soulager.

Martine : Ouais, ben va te soulager. Si ça peut te faire du bien. Toute façon t’es pas mon genre. Les gringalets, ça m’a jamais fait « fantasquer ».

Yvan : (Sans aucune réaction et sur le ton habituel) Vous n’aurez qu’à surveiller ce voyant. S’il s’allume…

Martine : Je sais… je lance un appel de détresse. (En plein délire, mimant une scène catastrophe) Medley, medley, ici Martine, j’ai l’feu aux fesses côté gauche, j’pique du nez, j’perds de l’amplitude…

 

Yvan : (La coupant, dépité) Vous m’appelez par le circuit interne, ça suffira. Merci (Il sort par le fond).

Martine : Franchement, infirmières et hôtesses de l’air, même combat. Pendant que les blouses blanches font le boulot des toubibs, les tailleurs bleus font le boulot des pilotes et tout ça… pour une paye de misère. Bon en attendant j’ferais bien de réviser un peu au cas où. (Elle ouvre le manuel de bord, puis sort une feuille de Sudoku qui se trouvait à l’intérieur. Elle le montre au public) Ah ben d’accord ! (Elle continue à parcourir le manuel) Bordel. C’est tout écrit en « Anglish ». (Elle parcourt le bouquin) Y’a pas une version française comme pour mon fer à repasser ?

Côté passagers

Monica : (Son téléphone sonne. Elle décroche) Allo ? Maman ! Encore toi ???... Je ne peux pas te parler… non maman, tu sais très bien que je ne te dirai pas où je vais. On en a déjà parlé. Je peux juste te dire que je suis dans l’avion. …. mais non, ne t’inquiète pas, tout ira bien… oui… oui… hum… oui-oui (visiblement agacée). Maman ? Oh-oh ??? Maman... MAMAN écoute-moi. Tout va bien je t’assure. Et là où je vais, je serai en sécurité. (Mettant la main sur le micro du téléphone et au public) Bla-bla-bla et bla-bla-bla. Bon, maman, maintenant ça suffit ! J’ai pas envie de parler de ça. Ca fait plusieurs nuits que je dors plus, j’ai couru comme une dingue pour pas louper l’avion avec 20 kilos dans les valises et autant dans le bide. Je suis au bord de l’anémie. Alors maintenant j’aimerais un peu de calme. Je t’enverrai un sms quand je serai arrivée. (Elle raccroche).Ou pas !

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