Lire un extrait de Rosemonde contre docteur Piotr

Les personnages (6 ou 7 personnages - distribution modulable)

Le chien : 
Chien type Yorkshire représenté par une peluche. Nécessite une voix Off (ou une voix Wouaff, c’est comme vous voulez).

Marie-Hélène : Femme 
Très élégante et très posée. Fille de Gisèle, mariée à Pol-Jean.

Pol-Jean : Homme 
Epoux de Marie-Hélène. Habillé élégamment, type pantalon de toile et chemise, une veste éventuellement.

Gisèle de Bucy de St Liphard : Femme
Personne âgée, mère de Marie-Hélène et belle-mère de Pol-Jean. Pendant une grande partie de la pièce Gisèle est inerte, dans un fauteuil roulant, un plaid sur les genoux.

Maurice : Homme 
Copain d’enfance de Pol-Jean, un peu gavroche. Si possible habillé en agent de sécurité pénitentiaire (pantalon de toile et blouson bleus). Sinon jogging.

Piotr : Homme ou Femme 
Très froid, tout de noir vêtu (chapeau, lunettes de soleil, gants, attaché-case).
Le trait de caractère peut être renforcé par un fort accent russe.

Les rôles suivants peuvent-être joués par un même personnage.

Colombin : Homme ou Femme 
Inspecteur de police ayant un frère jumeau. L’un est à la brigade financière (désigné Colombin 1 dans la pièce), l’autre à la Crim’ (désigné Colombin 2). Vis-à-vis du public, un détail vestimentaire peut les distinguer (exemple : l’un a un brassard « Police » l’autre non).

 

Agent de la SPA : Homme ou femme 
Agent de la SPA (Service aux Personnes Agées). Peut être vêtu(e) d’une blouse blanche et d’une casquette. Le sigle SPA peut être affiché sur la blouse et/ou la casquette.

Prologue et début de l'acte 1

(Le rideau s’ouvre – Noir sur scène)

Le chien : Eh oh ! (La poursuite balaye la salle et la scène. Si pas de poursuite, un projecteur fixe pointe sur le chien et s’allumera progressivement). Je suis là… oui là… encore, un peu encore un tout petit peu… voilà (La poursuite se fixe sur un chien, posé sur le canapé qui trône au milieu de la pièce. Si projecteur fixe celui-ci s’allume alors en plein feu). Bonjour… euh… je vous réveille ? Non ? Alors BON-JOUR !

Je comprends que vous soyez surpris. Mais oui, c’est bien moi qui vous parle. Etonnant pour un chien, non ? Enfin… disons plutôt un chienchien à sa mémère, car je suis le plus fidèle compagnon de Madame Gisèle de Bucy-Saint-Liphard, ma richissime maitresse. L’histoire qui va suivre c’est moi qui vais vous la conter, et croyez-moi : c’est une histoire de fou ! (Petite musique d’accompagnement et d’un ton tristounet) il y a 3 jours, ma maîtresse a été victime d’un grave accident domestique. Elle a dévalé les 24 marches de l’escalier en pierre de son château. Ma maîtresse a été transportée aux urgences mais malheureusement le diagnostic est sans appel : Tétraplégie, pertes de conscience et de la parole. (Larmoyant) à 70 ans passés « Ma Gigi », comme j’aime à l’appeler affectueusement, va finir sa vie dans un fauteuil roulant, sans plus jamais me susurrer de mots tendres à l’oreille, sans plus jamais caresser mon poil soyeux, sans plus jamais me gratouiller le ventre. C’est comme si je n’existais plus pour elle. Moi, son meilleur et plus fidèle ami. En attendant des jours meilleurs Marie-Hélène sa fille, et Pol-Jean son gendre, ont décidé d’un commun accord de nous accueillir chez eux, à Versailles, dans un joli appartement.... Un vrai petit havre de paix !!!

ACTE 1

 

Pol-Jean : (Ouvre porte chambre. En colère) Non, non, non et NON !!! Tu me fais chier avec TA mère. (Il referme la porte).

Marie-Hélène : (Sort porte cuisine et lance le mug qu’elle tenait à la main. Celui-ci vient se fracasser contre la porte bureau) Pauvre type.

Pol-Jean : (Ouvre la porte chambre) Qu’est-ce que…  (Voyant le mug cassé à terre) Ça ne va pas la tête non !!! Si je n’avais pas fermé la porte à temps, je me le prenais en pleine figure... (Fort) tu aurais pu me tuer !

Marie-Hélène : (Ouvrant la porte, narquoise) Et alors ? Qui te dit que ce n’est pas ce que je cherchais à faire ! Après tout ce n’est peut-être pas l’envie qui me manque.

Pol-Jean. : Mais... Mais tu es complètement folle.

Marie-Hélène : Non. Excédée c’est tout ! (Narquoise) De toute façon personne ne saura que c’est moi.

Pol-Jean : Pfff ! N’importe quoi ! Il n’y a que toi et moi ici. Moi mort, toi vivante, Il ne faudra pas longtemps à la police pour retrouver LA coupable.

Marie-Hélène : Oui, mais j’ai un alibi, MOI, Monsieur.

Pol-Jean : (Même jeu) Ah oui ? Et c’est quoi cet « alibi » (Faisant le signe des guillemets avec les doigts) ?

Marie-Hélène : Toi mort, personne d’autre ne m’aura jamais vu mettre les pieds dans cette cuisine, pas même la bonne. Et encore moins en ressortir avec l’arme du crime. (De nouveau narquoise) Pas de témoin, pas de preuve, pas de coupable !

Pol-Jean. : (A l’évidence) Pas faux… Mais n’empêche que tu aurais pu me faire très mal.

Marie-Hélène : Oh ! Chochotte ! Sous prétexte que Monsieur se fait assassiner il faudrait que Monsieur ne souffre pas ? (Elle éternue) A-A-ATCHOUM … (Aboiements du chien puis mielleuse, au chien posé sur le canapé) Oh oui ma pou-pouille... ATCHOUM. Il va falloir faire quelque chose. Je ne vais pas pouvoir supporter ce chien plus longtemps.

PJ : Tu n’as qu’à commencer par prendre tes cachets contre les allergies.

Marie-Hélène : (Prenant un cachet dans le tiroir de la commode) Quant à toi cher Pol-Jean, je te le dis et te le redis, maman viendra s’installer ici, le temps qu’elle reprenne ses esprits. Après tout elle est ENCORE chez elle ici aussi. Cela nous laissera le temps de trouver un établissement digne de ce nom pour sa convalescence.

Pol-Jean : (Haussement d’épaule) De toute façon Chiselle est géselle… Zégelle est sigelle. Et mer-de…. Gi-sèle est chez elle partout !!! Et puis ce n’est pas ce qui était prévu. Je te rappelle que tu devais aller t’installer, avec elle, dans l’appartement de Nice ! Et moi récupérer l’appartement comme c’était prévu contractuellement.

Marie-Hélène : Ce n’est plus d’actualité !

Pol-Jean : Arcachon alors ?

Marie-Hélène : (Excédée) Arrête s’il te plait avec tes solutions qui n’en sont pas ! De toute façon que ce soit pour aller sur la Côte d’Azur ou la façade Atlantique, maman n’est pas en état de faire autant de kilomètres. Pas pour le moment du moins. (Elle sort porte cuisine).

Pol-Jean : (Au public) Ah bien ça, c’est sûr qu’elle n’est pas en état. (Mimant quelqu’un de prostré. Puis ironique) Tu as peur qu’elle bave sur les sièges en cuir de ta Mini ? (Ramassant les morceaux de la tasse cassée).

Marie-Hélène : (Off) J’ai très bien entendu. (Sort porte cuisine) Tu es odieux ! Au lieu de faire tes sales réflexions, tu ferais mieux d’appeler ton avocat. J’en fais de même.

Pol-Jean : (Se dirige vers le téléphone et compose un numéro) Monsieur de Montargis à l’appareil… passez-moi Maître Bazoches Les Gallerandes s’il vous plaît…

(Pendant ce temps, Marie-Hélène traverse la scène et sort porte bureau).

Pol-Jean : Bonjour Maître. Eh bien voilà, il y a un os (aboiements du chien puis s’adressant à lui) Oh tais-toi, toi… excusez-moi, je parle à cette chienne. Ma femme… Hein ? Mais non, je ne dis pas que me femme est une chienne, je parle de la chienne de Jolie Maman, elle devient folle dès que…  Mais non, pas Jolie Maman, la chienne.  Elle devient folle dès qu’on parle d’os (aboiements du chien). OH ! LA FERME SALE BETE ! Allô… Allô… Maître ?

(La scène suivante se passe en alternance entre Pol-Jean et MH)

Marie-Hélène : (Entre porte chambre sur la fin de la réplique de Pol-Jean, un téléphone à la main) Non, ce n’est rien, c’est Pol-Jean qui aboie. Il a une humeur de chien depuis quelques temps. A-A-A-ATCHOUM. Et en plus je suis allergique aux poils… Non, du chien pas ceux de mon mari (Elle rit bêtement).

Pol-Jean : (Il recompose le numéro) Il a cru que je m’adressais à lui cet abruti ou quoi ? (Surpris) Allô ??? Ah vous étiez là ?... Hein ?... Ah non, non je parlais au chien… Ou à la chienne, je n’ai jamais su abruti... de chien va !...

Marie-Hélène :Cher Maître je vous appelle pour vous prévenir que mon mari et moi nous ne nous divorçons plus.... Du moins pas aujourd’hui…

Pol-Jean : ...Non, juste le temps de régler quelques soucis d’ordre familial....

Marie-Hélène : …Oui-oui, d’un commun accord... (Elle s’assoit sur le canapé)…

Pol-Jean : (Toujours au téléphone) ... Bah c’est encore un tour de passe-passe de Jolie Maman. Il faut toujours qu’elle cherche à nous mettre des bâtons dans les roues celle-là !...

Marie-Hélène : (Elle caresse machinalement le chien) …ATCHOUM ! Elle a tragiquement dévalé les escaliers…

Pol-Jean : ...Oh rien de grave, il faut juste lui recoller le nez…  Non, pas le sien, celui de la marche d’escalier qu’elle a légèrement « mordu » dans sa chute. (En aparté au public, la main sur le combiné) Il ne comprend rien…

Marie-Hélène : (Désespérée) ...Hélas, maman a pris un sérieux coup. (Elle éternue fort) ATCHOUM !

Pol-Jean : (A MH) Ça ne te fait aucun effet !

Marie-Hélène : Pardon ? (Au téléphone) Un instant Maitre. (A Pol-Jean) Mais bien sûr que si ! Je suis inquiète… Effondrée même ! Ça ne se voit pas peut-être ?

Pol-Jean : Je ne parle pas de ta mère, je te parle de ton médicament contre les allergies aux poils de chien...

Marie-Hélène : (Comprenant) Ah !!! (Au public) Si seulement ça pouvait me rendre insensible aux cons ! (Reprenant la conversation téléphonique) Où en étais-je ? Ah oui... Maman sort de l’hôpital aujourd’hui. Pol-Jean et moi l’accueillons avec joie à la maison le temps qu’elle se rétablisse. Elle se sentira bien ici…. Bien entendu nous suspendons également la donation de l’appartement de maman à Pol-Jean…

PJ : …Bien évidemment, je vais devoir encore attendre pour disposer de l’appartement…

Pol-Jean & Marie-Hélène : (Ils sont côte à côte face public) ...Voilà. Je reprendrai contact avec vous très rapidement. Au revoir Maître. (Ils raccrochent).

Pol-Jean & Marie-Hélène : Alors, qu’est-ce qu’il t’a dit ?

Pol-Jean & Marie-Hélène : Rien. Que veux-tu qu’il dise !

Pol-Jean : Je vais dans le bureau.

(Marie-Hélène prend son sac, et son manteau. Elle sort un mouchoir et essuie la poignée de la porte cuisine).

Pol-Jean : Que fais-tu ?

Marie-Hélène : (Ironique) J’efface mes empruntes. Pas de témoin, pas de preuve… (Elle traverse la scène d’un air hautin et sort porte d’entrée).

Pol-Jean : (Il la regarde sortir) Pas de coupable, je sais.  (Une fois MH sortie) Quelle garce ! Telle mère, telle fille, (aboiements du chien) tel chien. (Il sort côté bureau).

(La scène reste déserte quelques instants. On sonne.  Une personne de la S.P.A. -Services aux Personnes Agées- entre casquette vissée sur la tête).

SPA : Y'a quelqu'un ? (La personne s'avance un peu plus dans la pièce puis à la cantonade) C'est la "S.P.A. ".... "Services aux Personnes Agées" !... (Elle va chercher le fauteuil roulant resté sur le palier et le tire à l’intérieur de la pièce. On découvre Gisèle, assise inerte, un plaid sur les genoux, un sac à main posé sur la couverture). Y'a personne on dirait.  (A Gisèle) Vous n’étiez pas attendue ? (Appelant à la cantonade) Hé ho ??? (Attend une réponse qui ne vient pas) Remarquez, c’est tout le temps comme ça. Devant le doc’ les enfants sont toujours d’accord pour accueillir les viocs à la maison, puis quand tu livres le paquet y’a plus personne pour s’en occuper. (Fait le tour de la pièce). C’est rudement chouette ici. Ils doivent avoir du pèze les enfants (elle regarde son bon de service) euh… Demontargis, c’est pourtant bien ça ? O.K.. Bon allez, signez là ! (Met le papier sous le nez de la dame).

(Gisèle ne bouge pas).

SPA : (Prend le crayon et gribouille une signature) De toute façon ils ont dit qu’ils étaient O.K. ! Voilà. (Tendant la main). Pourboire please ! Depuis la crise, les gens sont de plus en plus radins. Dix euros ça ira. (Gisèle ne bouge pas). Ah ben oui, bien sûr, je suis bêta. (Voyant le sac sur les genoux). Je me sers hein ! Z’y voyez pas d’inconvénient mamie ? (Il plonge la main dans le sac et en tire un billet de cinq cents euros. Regarde le billet à deux fois) Eh ben ! (Il se penche vers Gisèle et lui met le billet devant les yeux en cachant les deux zéros pour ne laisser que le cinq apparaître. Parlant fort). Vous voyez, ça, c’est cinq. Il m’en faut un autre comme ça… pour faire dix. (Il fouille une nouvelle fois dans le portemonnaie). Et voilà mille. Enfin, dix. Merci hein ! Si vous vous ennuyez, n’hésitez pas à m’appeler je viendrai taper la causette… à ce prix-là, on peut bien se rendre des petits services de temps en temps. Allez, à plus mamie et vous claquerez la bise aux enfants de ma part. (Il sort).

Pol-Jean : (Revenant du bureau) C’est toi Marie-Hélène ? (Puis voyant Gisèle. Exagérément hypocrite) Ah ! Jolie Maman, c’est vous ! Nous ne vous attendions pas si tôt. Mais comment avez-vous fait pour venir jusqu’ici aussi vite ? (Il pousse le fauteuil tout autour de la pièce. Ironique) Le bus ? Vroom, vroom… Non ? le métro alors ? Tchou-tchou... Toujours pas !... Mais non, suis-je bête, c’est le corbillard… Euh, l’ambulance qui vous a conduit jusqu’ici. Pimpon, pimpon ! (Il s’arrête) Au fait, comment allez-vous ?  (Aucune réaction de Gisèle). Ah ! Pauvre Jolie Maman, vous qui étiez si épanouie, si dynamique. Quelle tristesse de vous voir dans cet état. (Scrutant l’immobilisme de sa belle-mère) Eh bien ! Elle n’a vraiment plus aucune réaction. (Aboiements du chien) Tenez, regardez qui est là.  (Il prend le chien et le met sur les genoux de Gisèle. Mielleux) Et oui… Oui-oui… c’est la mémère à son chienchien… (Il caresse les cheveux de Gisèle comme si c’était le chien puis il la regarde fixement l’air interrogateur). C’est fou ça, je n’avais jamais remarqué à quel point la ressemblance était frappante. Le même poil, le même regard vitreux. (Criant dans les oreilles de Gisèle) Bouhhhhhhh !  Même pas peur hein ? (Puis, il la pince très fort. Aboiements du chien. Pas de réaction de Gisèle). Elle a tout de même sacrément morflé la vieille.

(Entrée de MH).

Marie-Hélène : Que fais-tu Pol-Jean ?

Pol-Jean : Hein ??? Euh… Rien ! J’étais… J’étais en train d’essayer de… de stimuler Jolie Maman… pour voir si… si elle réagissait.

Marie-Hélène : Ne me prends pas pour une idiote. Je te préviens, si tu touches un cheveu de maman je te dénonce pour maltraitance sur personne vulnérable. (S’approchant de sa mère) Ah maman ! Que je suis heureuse de vous voir enfin à la maison. J’ai tellement eu peur. Ne vous inquiétez pas, ici, tout le monde prendra bien soin de vous... (Aboiements du chien) Et du petit chienchien aussi bien-sûr. ATCHOUM !!! Et si jamais quelqu’un vous voulait du mal, je serai là pour vous protéger… Et Pol-Jean AUSSI, n’est-ce pas ?

Pol-Jean : (Faux) Oui, Jolie Maman, on sera là pour vous protéger. (Il sort côté couloir chambres).

Marie-Hélène : Au fait, maman, j’ai appelé le cabinet médical, votre médecin personnel passera dans la journée pour vous un checkup. J’espère que vous retrouverez toutes vos sensations très vite. Les médecins sont assez confiants. Allez, je vous laisse, j’ai quelques papiers à faire. (Elle l’embrasse sur le front puis elle sort côté bureau).

(On sonne. Après un temps on sonne à nouveau).

SPA : (Entre) Y’a quelqu’un ?... Toujours personne ! Ben dites-donc mamie, ils ne se foutraient pas un peu de votre tronche les gamins ? Vous laissez planter là, toute seule… Remarquez, vous risquez pas de fuguer hein ! En tout cas, j’espère pour vous qu’ils ont pas l’intention de vous emmener en vacances, parce que je serais prêt à parier qu’on vous retrouverait attachée au pied d’un arbre dans la première forêt venue. Et pis nous à la SPA, on n’a plus de place dans nos refuges pour vieux. Bon je suis revenu parce-que je suis reparti avec le bon de livraison. Je le pose sur la table… Vous leur direz ? C’est pour le paiement de la prestation. Tiens à propos d’argent… Un petit pourboire de plus ce serait gentil de votre part. (SPA plonge la main dans le sac et, avant qu’il ne la retire, Gisèle, impassible, lui agrippe le bras en le serrant de toutes ses forces).

Gisèle : (Pensées). Ça suffit !!! On fouille pas dans mes affaires.

SPA : (Il Crie et essaie de se débattre) AAAAAAAAAH ! (Gisèle ne le lâche pas. Son visage reste impassible. Après un temps : aboiements du chien. Gisèle relâche enfin le bras de SPA. SPA s’enfuit en courant bousculant Maurice qui entre au même moment).

Gisèle : (Pensées) Voleur, détrousseur de grand-mère… J’suis pt’être « prisonnier » de mon corps, pt’être que j’peux pas m’ bouger, mais quand il s’agit de piquer mon pognon, ça me chatouille trop !

Marie-Hélène et Pol-Jean : (Entrent de façon précipitée, PJ venant du couloir chambres et MH du bureau). Qu’est-ce qu’il se passe ?

Maurice : Salut tout le monde.

Pol-Jean : C’est toi qui as crié comme un dingue ?

Maurice : Non ! C’était... Enfin...

Pol-Jean : Ce n’est quand même pas vous Jolie-Maman ? (Aucune réaction de Gisèle).

Marie-Hélène : Vous pourriez sonner avant d’entrer.

Maurice : Ben la porte était ouverte et y’avait un…

Pol-Jean : Enfin quand même ! Si ça se trouve tu lui as fait peur !

Maurice : Je te jure que...

Marie-Hélène : Ça suffit comme ça ! On se passe de vos explications. Mais la prochaine fois... Sonnez ! (Elle sort côté couloir chambres).

Maurice : La vache, elle est toujours branchée sur le 380 ta rombière.

Pol-Jean : Oui et en plus, à cause de sa mère ça n’arrange pas les choses.

Maurice : Ah oui ! Ça va pas mieux ?

Pol-Jean : Tu parles, tout à l’heure, j’ai essayé de la stimuler… Aucune réaction.

Maurice : Putain, ça doit foutre les j’tons ?

Pol-Jean : Le problème c’est qu’avec ses conneries, tout est reporté. Le divorce, le départ de Marie-Hélène pour Nice et la cession de l’appartement qui doit me revenir.

Maurice : Putain, quand je pense que tout était calé. Comment tu vas faire ?

Pol-Jean : Attendre… Encore un peu…

Maurice : T’as pas une solution pour faire accélérer les choses ? Vous pouvez plus rester ensemble plus longtemps.

Pol-Jean :  Il faut juste que je prenne mon mal en patience. Mais là ça va être dur… En plus de la fille, il faudra que je me tape la belle-mère.

Maurice : Vous avez pensé à l’ EHPAD ?

Pol-Jean : Marie-Hélène veut la garder avec elle le temps de trouver un établissement qui en vaille la peine. Tu la connais. Mais avec la pénurie de places, ça risque de durer.

Maurice :  Et si tu l’aidais un peu…

Pol-Jean : Je peux toujours lui mettre un crayon entre les mains et téléguider sa signature pour le divorce, mais ça va faire un peu gros non ?

Maurice : J’te parlais pas de signature.

Pol-Jean : De quoi alors ?

Maurice : Ben de… De l’autre possibilité.

Pol-Jean : Pardon ???

Maurice : (S’assurant que personne ne puisse l’entendre) En admet_ que _ réu_ à suppr_ ta belle-_, tu tou_ la _ qui _ re_, c’est-_-dire l’appar_, et Ma_-Hél_ par_vi_ à Ni_.

Pol-Jean : Je ne comprends rien…

Maurice : (Agacé, il ronchonne puis…) En _tant _ tu _ssisses à _primer ta _-mère, tu _cheras la part _ te _viens, _-à-_ _tement, et _rie-_lène _tira _vre à _ce.

Pol-Jean : Mais arrête de parler à demi-mots, je ne comprends absolument rien !

Maurice : En admettant que tu réussisses à supprimer ta belle-mère, tu toucheras la part qui te reviens, c’est-à-dire l’appartement, et Marie-Hélène partira vivre à Nice. Comme prévu. Il faut juste lui faire passer l’arme à gauche.

Pol-Jean : L’arme à… (Signe approbateur de Maurice). Tu n’es pas sérieux Momo ?

Gisèle : (Pensées) HEIN ??? Mais de quoi il se mêle cet abruti ??? C’est d’moi qu’y cause ??? Eh Oh… Oh-oh ??? (Maurice et PJ ne l’entendent pas) C’est ça, faite comme si j’étais pas là….

Maurice : Un, elle peut pas signer. Deux, tu sais pas combien de temps ça va durer. Donc ta seule solution pour récupérer l’appart’ et que ta femme dégage à l’autre bout de la France rapidement, c’est de… Quick la belle-doche (Passant son pouce sur sa gorge).

Gisèle : (Pensées) Non mais ça va pas bien !!! Eh oh ?? EH OH !!!...Y’a pas… Y m’entendent pas ces deux complotistes… (Elle essaie de se mouvoir en râlant, mais son corps de bouge pas).

Pol-Jean : T’es dingue. Complètement dingue. (Ils s’assoient tous les deux côte à côte sur le canapé. Long silence.)  En admettant que… Quick ! Comment t’y prendrais tu ?

Gisèle : (Pensées) V’là t’y pas qu’il s’y met lui aussi c’grand dadais ! Meurtrier !!!

Maurice : Ah ben je sais pas moi… J’suis pas un spécialiste… J’ai jamais fait ça. Tu… tu lui mets un sac plastique sur la tête. Tu lui fais avaler des médocs…

Pol-Jean : O.K.. Alors vas-y !

Maurice : Hein ?

Pol-Jean : Tu ne crois pas une seule seconde que c’est moi qui vais m’y coller ?

Maurice : Moi je disais ça comme ça… pour te rendre service…

Pol-Jean : Tu veux que je te dise, tu as toujours été doué pour ce genre d’idée, mais par contre quand il s’agit de passer à l’action, là, il n’y a plus personne.

Maurice : (Regardant Gisèle avec insistance). A mon avis, vu son état elle ne se rendra compte de rien.

Gisèle : (Pensées) Hey ! Les Dupondt Il me reste un brin de conscience ! Et dire que je peux même pas bouger le p’tit doigt pied. (Elle essaie de se mouvoir en geignant et grimaçant, mais n’y arrive toujours pas).

Maurice : Pour elle ce serait comme si… Comme si on éteignait la lumière.

Gisèle : (Pensées) Qu’est-ce qu’il en sait cet idiot !!!

Pol-Jean : Tu crois ?

Maurice : Pour sûr ! Tiens, regarde. (Il se dirige vers un interrupteur). Jour, vivante. (Il éteint – Lumière tamisée) Noir, morte…

(Pol-Jean regarde attentivement Gisèle pour guetter une réaction qu’elle n’a pas).

Maurice : (Il allume – Pleins feux) Vivante. (Il éteint – Lumière tamisée) Morte ! Alors tu vois ?

Pol-Jean : Non je ne vois rien.

Maurice :  Ah pardon. (Il rallume) Alors ?

Pol-Jean : Bien… Je ne suis pas sûr… Essaie encore pour voir ?

Maurice : (Eteint, puis après un temps rallume). Alors ?

Pol-Jean : Non vraiment, je ne suis pas sûr.

Maurice : Tiens essaie toi.

Pol-Jean : Ah non ! Ça ne va pas la tête.

Maurice : C’est des balles à blanc. Juste pour voir… Allez !

(Pol-Jean va vers l’interrupteur, Maurice prend la place de Pol-Jean pour observer Gisèle. Pol-Jean éteint – lumière tamisée).

Maurice : Morte.

(Pol-Jean rallume).

Maurice : Vivante.

Gisèle : (Pensées) Hey abruti, tu la vois pas ma réaction ???

(Pol-Jean éteint).

Pol-Jean & Maurice : Morte

(Pol-Jean rallume).

Pol-Jean & Maurice : Vivante.

Pol-Jean & Maurice : (Accélérant l’action) Morte… Vivante…. Morte… Vivante… (Ils continuent dans l’euphorie entre amusement et rires nerveux).

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