Une enquête au poil, extrait
Textes de théâtre, comédies, sketchs SteF RusseiL Auteur

Extrait de Une enquête au poil

Les personnages (distribution modulable)

Victime (F) :
Erika, femme du barbier Victor de Séville.

Femme/Homme de chambre (H ou F) :
Germaine ou Germain.

Inspecteur/Inspectrice (H ou F) :
Fernand ou Françoise Bérichon.

Stagiaire (H ou F) :
Stanislas ou Clémentine Leflanc.

Directeur/Directrice de l’hôtel (H ou F) :
M. Morille, ou Mme Morille si le rôle n’est pas doublé avec celui du détective.

Commissaire (H ou F dans la version 7 pers.) :
Patron de la Crim’ et donc de l’Inspecteur et du Stagiaire.

Détective (H) :
M. Philippe du cabinet Philippe & Philippe

Précisions sur la distribution

Cette comédie peut être jouée par 5, 6 ou 7 comédiennes et comédiens.

Dans la version 5 personnages :
Le rôle de la victime n'est pas joué. Il suffit de supprimer les répliques de ce personnage.
ET
Les rôles du Commissaire et du Détective sont joués pas le même personnage
(obligatoirement masculin).

Dans la version 6 personnages :
Le rôle de la victime n'est pas joué. Il suffit de supprimer les répliques de ce personnage.
Si ce rôle est interprété, il est obligatoirement féminin.
OU
Les rôles du Commissaire et du Détective sont joués par le même personnage
Si ces rôles sont joués ils sont obligatoirement masculins.

Dans la version 7 personnages :
Tous les rôles sont interprétés.
Seul le rôle de la victime est féminin et seul le rôle du détective est masculin.
Les autres rôles peuvent être soit féminins ou masculins. 

Extrait de "Une enquête au poil"

Le rideau s’ouvre sur une pièce en désordre (une table de chevet renversée, quelques objets au sol, une chaise à terre). Au centre de la scène un fauteuil. 

La victime : (Affalée de façon grotesque dans un fauteuil face au public. Elle porte un chemiser blanc. Après un temps, elle ouvre un œil, puis le referme. Après un temps, elle rouvre l’œil et scrute le public en tournant la tête de droite à gauche. Elle ouvre les deux yeux. Elle se redresse. Elle scrute la scène). Ben... Qu’est-ce qu’ils font ? C’est pas censé commencer ? (Elle se lève, fait le tour de la scène, jette un œil en coulisses puis revient vers le public). Vous les avez vus ? (Attendant une réponse du public). Qui ? Qui ??? Ben les flics ! Un drame vient de se dérouler... si, si, je vous jure ! Il y a eu un meurtre... ici même. Dans cette chambre d’hôtel. Je le sais ! C’est moi la victime. Ça se voit pas ? Et ça c’est quoi (elle montre son chemiser blanc). C’est pas du sang peut-être ??? (Moment d’incompréhension. Elle regarde son chamisier). Ah zut ! J’ai pas pris le bon chemisier. Euh... Excusez-moi. Je... je reviens tout de suite... (Elle sort à cour précipitamment). 

Femme de chambre : (Off) Mais oui, mais oui. (Entre à jardin, un plumeau à la main) Fait la 612, pis la 103, pis la 322 !!! Je monte au 6ème, je d’mande mam’zelle Angèle, je descends au 1er, je remonte de deux étages… Je frappe au numéro 2, je demande mam’zelle Angèle… Pfff… (Essoufflée) A force, que j’ai des mollets en béton... et le souffle en carton. On peut pas faire les choses dans l’ordre non ? Pis avec tout ça j’arrive encore à me faire appeler Léon. (S’arrêtant net). Oh la la la la la la… purée de pomme de terre ! (Elle fait un tour de la scène) Qu’est-ce que c’est que ce bazar ??? Ça a dû faire la java toute la nuit ici. Je vous jure ! Aucun respect pour les p’tits travailleurs.

Stagiaire : (Fait irruption à cour) Police ! (La femme de chambre lève les mains). Jetez votre arme.

Femme de chambre : (Jette son plumeau au loin). C’est pas moi qu’a fait ça Monsieur l’agent !

Inspecteur : (Fait irruption à jardin et de la même manière, crirant encore plus fort) POLIIIIIICE !!! Jetez votre arme. (Le stagiaire jette son arme). Mais non, pas toi imbécile.

Stagiaire : Pardon Inspecteur. Mais j’avoue, vous m’avez fait peur... (Il rit bêtement).

Inspecteur : Qu’est-ce que vous faites ici, vous ?

Stagiaire : Bei… la même chose que vous pardi !

Inspecteur : (Soupire) Pas toi. Elle ?

Femme de chambre : (Toujours les mains levées) Moi ?

Inspecteur et stagiaire : OUI, VOUS !

Femme de chambre : J’inspecte.

Inspecteur : C’est moi l’inspecteur.

Stagiaire : C’est vous qui avez mis tout ce bazar ?

Femme de chambre : Ah non ! C’est pas mon genre. Moi, je serai plutôt du genre à « débazarder » si vous voyez ce que je veux dire ? 

Inspecteur : Vous pouvez baisser les mains. Vous savez ce que c’est que ça (Montre l’étendu de la pièce).

Femme de chambre : Oui ! Une scène de ménage.

Inspecteur : Mauvaise réponse.

Stagiaire : C’est une scène de crime.

Femme de chambre : Ah la vache ! Va y avoir de l’action alors !

Inspecteur : Aucune importance. Filez, nous n’avons pas besoin de vous ici.

Femme de chambre : C’est le patron qui m’a dit : “Fais la...” 

Stagiaire : C’est plus d’actualité.

Femme de chambre : C’est vous le patron maintenant ?

Inspecteur : Sortez, et laissez-nous faire notre travail.

Femme de chambre : Depuis quand c’est la police qui passe l’aspi ?

Inspecteur : DU BALAIS !

Femme de chambre : Je vous jure qu’avec l’aspi c’est plus efficace…

Inspecteur : DEHORS !!!

Femme de chambre : (Sortant et progressivement en off) C’est qui qui va encore se faire appeler Léon si le boulot il est pas fait ?

Inspecteur : Bien, à nous.

Stagiaire : Oui ! Inspectons inspecteur (Il rit bêtement).

Femme de chambre : (Revient) Euh… « scusez-moi ». Mais sauf votre respect que je vous dois mon général…

Inspecteur : QUOI… encore ?

Femme de chambre : Si c’est une scène de crime, où c’est qu’est-ce qu’elle est donc la mortibus ?

Stagiaire : Qu’est-ce qu’elle dit ?

Inspecteur : J’avoue ne pas avoir bien compris.

Femme de chambre : Ben oui ! Une chambre d’hôtel sans victime, c’est pas une scène de crime, c’est une chambre. Une chambre où c’est que je dois faire le ménage.

Inspecteur : (Regarde autour de lui) Mais oui ! Où est la victime ?

Femme de chambre : Comme qui dirait qu’elle s’est subtilisée !!!

Stagiaire : (Tournant autour de la scène) Mais oui où c’est qu’elle est ?

Femme de chambre : Ah-ah ! Elle a p’t-être pas l’air fute-fute la boniche mais y’en a là-dedans (tapotant sa tête avec son doigt). Nan, j’dis ça parce qu’un jour dans un épisode de Columbo, y’ a eu t’un meurtre, mais y’avait pas de victime, et…

Inspecteur : DEHORS ! Si on a besoin de vous, on vous sonnera. (La femme de chambre sort à jardin en râlant). Inspecteur. Va voir par-là (désigne à jardin, stagiaire sort à jardin) je vais voir par-là (sort à cour).

Femme de chambre : (Revient à jardin. Elle ramasse son plumeau). J’ai pas intérêt à laisser traîner mon arme antipoussière. Manquerait plus que c’est qu’on m’accuse. (Elle sort à jardin).

Victime : (Une fois les policiers sortis, elle revient discrètement à cour. Cette fois-ci elle porte un chemisier blanc maculé d’une énorme tache de sang au niveau du cœur). Oups !!! (Au public, montrant son téléphone) Pardon, j’ai voulu regarder si on parlait de moi et de ce qui c’était passé ici sur TikTok, du coup vous savez ce que c’est… on commence à regarder et puis on scrall, on scrall (Elle fait le geste avec le doigt) et puis on voit pas le temps passé. Vous savez si c’est commencé du coup ?... Hein ? Oui ? OK (Elle se pose dans le fauteuil de façon grotesque, les yeux fermés. Après un temps, elle se redresse et montre sa tache de sang). Je vous avais bien dit que j’étais la victime ? Oui ? OK ! (Elle reprend sa position. Après un temps. Elle souffle d’impatience, puis à la cantonade) Ça y’est, c’est bon vous pouvez revenir... je suis morte.

(L’inspecteur et le stagiaire reviennent. L’inspecteur entre par là où le stagiaire est sorti et inversement).

Inspecteur : (Jette un regard d’où il vient) Euh... Vous êtes bien sorti par-là (Désignant par là où il vient d’entrer) ?

Stagiaire : Non, je suis entré par ici. (Montrant par là où il vient d’entrer).

Inspecteur : Bizarre, j’aurais juré être sorti par-là. (Montrant l’endroit par où il est sorti). Bref...

Stagiaire : (Criant de joie) EUREKA !

Inspecteur : Eureka quoi ?

Stagiaire : La victime... 

Inspecteur : Eureka ? (Il feuillète son carnet). Non pas Eureka, Erika. Son prénom c’est Erika.

Stagiaire : Mais non… EUREKA, la victime… je l’ai trouvée. Là… regardez !

Inspecteur : Evidemment, où vous vouliez qu’elle soit ?

Stagiaire : Ben... C’est à dire que quand on est arrivés... elle était pas là !

Inspecteur : Ah oui ! C’est vrai.

Stagiaire : (Il regarde la victime d’un peu plus près) C’est du sang ça ?

Inspecteur : Certainement. Bon en attendant on doit baliser la scène de crime.

(L’inspecteur et le stagiaire posent des petites plaques jaunes numérotées au sol pour identifier les indices possibles).

Victime : (Au public) Du sang ??? Il se croit drôle lui ou quoi ? (Montrant sa tache de sang) Et pourquoi pas de la sauce tomate ? (Elle trempe le doigt sur la tache puis goûte) Purée, c’est de la sauce tomate. J’avoue, c’est bien fait leur truc. (Au public) Au fait, je vous ai pas dit. J’ai répondu à une annonce pour un petit rôle de figurant dans une pièce de théâtre. Je me doutais pas que c’était pour jouer une victime… assassinée en plus. Bon, normalement je suis pas censée parler, mais j’avoue j’ai du mal (Elle pouffe de rire). Je suis une vraie pipelette. Vous inquiétez pas si je parle pendant la pièce… C’est pour passer le temps. Allez, je me tais sinon l’enquête va piétiner, et vous, vous allez trépigner.

Stagiaire : Pauvre fille. Treize coups de couteau en plein cœur.

Victime : Quatorze. Enfin c’est ce qui était marqué dans le scénario. Mais bon, on est plus à un près.

Inspecteur : Crime passionnel !

Victime : Evidemment.

Stagiaire : Qu’est-ce qui vous fait dire ça inspecteur ? Un rendez-vous coquin dans une chambre d’hôtel ?

Inspecteur : Le cœur… Il a visé le cœur. C’est forcément un crime passionnel.

Stagiaire : Ah ouais ! Pas bête…

Inspecteur : S’il l’avait frappé à la tête, cela aurait été ???

Stagiaire : Un crime… un crime… euh… ah ! Je l’ai sur le bout de la langue…

Victime : Emotionnel !

Inspecteur : Le cœur : passionnel ; la tête : émotionnel.

Stagiaire : Ah ouais, pas bête comme intuition.

Inspecteur : Déduction, pas intuition. Il a visé le cœur, j’en déduis un crime passionnel. Par contre j’ai l’intuition que c’est l’amant.

Stagiaire : Ah ? Et pourquoi ?

Inspecteur : Parce que je n’ai aucun indice qui me permette d’en faire une déduction.

Stagiaire : (Visiblement perdu). Ah d’accord !

(L’inspecteur inspecte la pièce. Le stagiaire se penche sur la victime et la scrute. Il prend une pince à épiler et s’approche de la victime).

Victime : Touche-moi, et je porte plainte !!!

Stagiaire : (A l'aide de la pince à épiler il attrape un poil) Regardez inspecteur à propos d’indice. J’ai trouvé quelque chose.

Inspecteur : Qu’est-ce ?

Stagiaire : Pas une caisse. Un cheveu !

Inspecteur : (Haussant les épaules) Faites voir ? (Ils entourent la victime).

Stagiaire : (Montre l’indice en question). Tenez.

Inspecteur : Intéressant... mais ce cheveu ne lui appartient pas.

Stagiaire : Ah bon ? Déduction ou intuition ?

Inspecteur : Constatation ! Couleur, longueur… 

Stagiaire : Ah !!!

Inspecteur : Je constate que ce cheveu n’appartient pas à la victime.

Stagiaire : Il appartient à l’amant… par intuition.

Inspecteur : Non.

Stagiaire : Si ! C’est ce que vous avez dit tout à l’heure : C’est l’amant... par intuition.

Inspecteur : Oui. Mais j’ai changé d’avis.

Stagiaire : Au sujet de l’amant ?

Inspecteur : Non, au sujet de l’intuition. C’est l’amant par supposition.

Stagiaire : Waf ! Ça devient extrêmement compliqué comme enquête.

Inspecteur : Lorsque qu’il y a des constatations, des intuitions, des déductions, et des suppositions, il y a toujours des complications.

Stagiaire : Donc je résume. Pour vous, c’est un crime passionnel perpétré par l’amant de la victime et pour lequel à cet instant nous n’avons qu’un seul indice : un cheveu ! 

Inspecteur : C’est une conviction.

Stagiaire : (Montrant le poil).  Je croyais que c’était une constatation ?

Inspecteur : Je constate que c’est un cheveu, et que ce cheveu est une pièce à conviction !

Victime : Même moi j’ai du mal à suivre.

Stagiaire : Mais bien sûr, où avais-je la tête ? C’est la constatation de la pièce à conviction qui fait supposition que l’auteur est l’amant.

Commissaire : (Entre) Messieurs !

Stagiaire : (Qui a le dos tourné à l’entrée, occupé à scruter le poil) Salut la compagnie, on vient récupérer la donzelle ?

Victime : Ouh là… ça va se gâter !

Inspecteur : Hum, hum… bonjour (exagérément) Monsieur (ou Madame) le COMMISSAIRE… DIVISIONNAIRE.

Stagiaire : (Toujours de dos) Le Coco… le Mimi ??? (Faisant volteface et se retrouvant nez à nez avec le commissaire qui s’est avancé jusqu’à lui. Il fait un salut militaire de façon ridicule). Mes Zozos… mes Zommages ! Momo… Monsieur (ou Madame) le Divisaire Commissionnaire… enfin… (Il met le cheveu dans la poche de sa veste).

Commissaire : C’est ça ! Vous êtes.

Stagiaire : (Fait le salut militaire et au garde à vous) Inspecteur stagiaire Stanislas Leflanc, matricule double zéro sept comme le célèbre agent secret au service de sa majesté.

Commissaire : Epargnez-moi vos traits d’humour Lefroc…

Stagiaire : Leflanc.

Commissaire : Ici vous êtes sous mes ordres, pas aux ordres de sa majesté. C’est clair ?

Stagiaire : Oui majesté… ma… mon commissure… missaire… c’est sûr !

Commissaire : MÔSSIEUR le Commissaire.

Stagiaire : Oui (Même intonation que le commissaire) MÔSSIEUR le Commissaire.

Commissaire : Bien qu’avons-nous de neuf ?

Stagiaire : Treize !

Commissaire : Quoi Treize ?

Stagiaire : Treize, pas neuf. Treize coups de couteau.

Victime : Quatorze non ?

Inspecteur : Nous pensons qu’il s’agit d’un crime passionnel.

Victime : (Désinvolte) Déduction.

Commissaire : Pourquoi ?

Stagiaire : Il a visé le cœur. 

Inspecteur : Et nous pensons qu’il s’agit de l’amant.

Victime : (Blasée) Intuition.

Inspecteur : Pour le moment nous n’avons pas trouvé grand-chose comme indice. Juste un cheveu.

Victime : Conviction.

Inspecteur : Nous n’avons pas encore identifié le propriétaire.

Stagiaire : En tout cas, c’est sûr que c’est pas un chauve (Il rit bêtement).

Inspecteur : Suffit Leflanc !

Commissaire : Faites-voir ?

Inspecteur : (Au stagiaire, désignant le Commissaire) Montre.

Stagiaire : (Regarde sa montre). Vous voulez qu’on accorde nos montres ? Il est dix heures, vingt et une minutes, et treize secondes. Précision Suisssssse.

Inspecteur : Je te demande de montrer l’indice que nous avons trouvé.

Stagiaire : Ah !!! (Il fouille ses poches) Où est ce que j’ai bien pu le fourrer. Désolé hein… je… je le trouve pas… (Puis sort un morceau de sandwich d’une de ses poches de blouson. Il mord dans le sandwich, commence à mastiquer). 

Inspecteur : Que faites-tu ?

Stagiaire : (La bouche pleine) Pardon, mais ch’ai une faim de loup. Ch’ai pas eu le temps de terminer mon petit-décheuner, che matin…

Victime : « Déguchtachion » !

Stagiaire : Vou ch’en foulez (Il tend son sandwich à l’Inspecteur) ?

Inspecteur : (Refusant la proposition) Non, c’est bon !

Stagiaire : (La bouche pleine) Pas mauvais merci. « Chambon », « grouyère » cornichon…

Victime : Si vous voulez j’ai du ketchup (Elle montre la tache sur son chemisier).

Commissaire : Vous n’êtes pas payer pour être critique gastronomique. Vous finirez votre festin plus tard. Retrouvez-moi cette pièce à conviction.

Stagiaire : Hop hop hop… (Il tire quelque chose de sa bouche avec ses doigts) Je crois bien que je l’ai retrouvé. Le voilà (Il tend le Poil au commissaire).

Commissaire : (Fait un mouvement de recul) Non, c’est bon. Gardez-le. (Il chausse des lunettes et s’approche du poil tenu par le stagiaire). OK, je vois.

Inspecteur : Ça vous rappelle quelqu’un ?

Commissaire : Hein ? Euh… non. Non. Envoyez-le au labo, on pourra peut-être encore en tirer quelque chose en isolant l’ADN du cochon.

Stagiaire : Du cochon ??? Du SALAUD vous voulez dire.  Treize coups de couteau quand même !

Commissaire : Je parlais du porc à partir duquel on a prélevé votre tranche de jambon. On doit l’isoler pour trouver l’ADN du véritable meurtrier.

Stagiaire : (Tenant toujours le Poil du bout des doigts) Ah oui ! Parce que treize coups de couteaux dans le cœur d’un aussi joli brin de fille...

Victime : Eh Oh. Dis-donc… T’es pas en train de ma faire du gringue là ?

Commissaire : Mettez-le dans un sac plastique bon sang, Lefisc !

Stagiaire : (S’exécute). Leflanc, commissaire divisionnaire.

Commissaire : (Pendant ce temps il s’éloigne en compagnie de l’inspecteur et lui glisse quelques mots à l’oreille puis…) Veillez à ce que votre stagiaire ne commette pas d’impair. L’affaire est trop sensible. Le Ministre a même missionné un privé pour suivre l’affaire. (Il sort).

Stagiaire : Il a pas l’air d’être de bon poil !

Inspecteur : C’est le moins qu’on puisse dire. Il vient de m’apprendre que la victime est la femme de Victor De Séville.

Stagiaire : (Incrédule) Non ??? Le célèbre barbier de Séville ?

Inspecteur : Exact. Le barbier personnel du ministre de l’Intérieur qui a été vu ce matin en compagnie du Ministre quelques heures avant le drame.

Victime : Eh ben, les nouvelles vont vite.

Stagiaire : Aïe ! C’est pas bon ça, Inspecteur.

Inspecteur : Tu comprends que l’affaire est sensible. Donc pas de bavure. Nous sommes sur le fil du rasoir. 

Stagiaire : Et si l’amant c’était le ministre ?

Inspecteur : Tu veux rire !

Stagiaire : J’ai l’air de me poiler, Inspecteur (Il rit bêtement) ? (Regard sévère de l’inspecteur).

Stagiaire : Aux temps pour moi inspecteur !

Inspecteur : Tu veux dire que le Ministre aurait donné rendez-vous à cette jeune femme, dans cet hôtel, et que la petite aventure aurait mal tournée ?

Stagiaire : Supposition !

Victime : Pas con !

Inspecteur : (Balayant d’un revers de la main) Affabulation !

Stagiaire : Déclamation. 

(La scène suivante se déclamera alternativement par le stagiaire l’inspecteur et la victime tel qu’indiqué ci-dessous. Ils peuvent se mettre en ligne face public.
Dans la version sans victime, le stagiaire et l’inspecteur déclameront alternativement sauf la phrase en bleu).
Stagiaire : Le mari était parti
Inspecteur : Sa femme était ici 
Victime : En bonne compagnie 
Inspecteur : Le mari surgit 
Stagiaire : Les surprend au lit 
Inspecteur : Le ministre s’enfuit 
Victime : Ah, le lâche (Un temps. Les autres la regardent peu convaincu). Pardon, en tant que victime je n’ai pas trouvé la rime.
Stagiaire : Il se venge sur sa mie.
Inspecteur : Un cheveu ci-git (Il le montre)
Stagiaire : Pièce à conviction qui,
Inspecteur : Désignera le coupable du délit.
Stagiaire : Un délit ?  Un crime… une avarie !
Victime : (Vexée) Merci pour l’avarie. C’est sympa ! (Elle se rassoit en boudant).

Inspecteur : Il faut savoir à qui appartient ce cheveu ! Soit il appartient au barbier.

Stagiaire : Ce qui est peu probable. Le barbier doit prendre soin de ses cheveux et de sa barbe. Lavés, rasés, fortifiés, lustrés, embaumés, etc… etc…

Inspecteur : Soit il appartient au Ministre. Dans ce cas deux hypothèses : Le barbier revenait du Ministère où il avait rasé Gratis.

Stagiaire : Euh…Vous êtes sûr que le barbier se faisait pas payer pour sa prestation ?

Inspecteur : Je parle du Ministre. Jean-Paul Gratis.

Stagiaire : Aux temps pour moi !

Victime : L’étau se resserre.

Inspecteur : Donc, deux hypothèses…

Stagiaire : Soit le barbier revenait du Ministère avec un cheveu du Ministre sur lui et qui lui aurait échappé ici même lors de l’altercation.

Victime : Une mèche rebelle en quelque sorte.

Inspecteur : Soit c’est le Ministre qui serait venu ici après s’être fait coiffer et tailler la barbe et qui aurait perdu un de ces cheveux, resté sur sa personne… (Après un temps).

Stagiaire : Ou bien, troisième z’hypothèse… le barbier aura « délibérale »… « délibétèrement ». Nan… « débilarèlement »… rohhh… aura fait exprès de laisser trainer un cheveu du ministre pour l’accuser.

Inspecteur : Nous n’avons pas assez d’éléments. Dans la Police on ne peut pas raisonner à un poil près. Il faut être précis, avoir des faits, des preuves.
(Le détective entre. Chapeau vissé sur la tête, lunettes de soleil, impair et gants noirs, fausse moustache ou barbe. On doit voir qu’il s’agit d’un postiche).

Détective : Messieurs (ou Messieurs dames ou Mesdames).

Inspecteur et Stagiaire : (Se détournent précipitamment et pointent leurs armes sur le détective). Police. Les mains en l’air.

Détective : (Il lève les mains) Eh doucement les amis. Je suis avec vous. (Il plonge sa main dans la poche intérieure de sa veste).

Inspecteur : Doucement mon gars.

Stagiaire : Pas de gestes brusques.

Inspecteur : Si c’est un flingue, tu le sors du bout des doigts, tu le poses à terre.

Stagiaire : Et tu le pousses vers nous du bout du pied. Sinon je m’en vais te faire une ordonnance. Et une sévère ! Je vais te montrer qui c'est Raoul. Aux quatre coins de Paris qu'on va te retrouver éparpillé par petits bouts façon puzzle…

Inspecteur : Euh… Leflanc, calme-toi s’il te plait.

Stagiaire : (Fier de lui) Vous avez reconnu ? Les tontons flingueurs. C’est ma réplique préférée.

Inspecteur : Vous êtes qui ?

Détective : (Il sort sa carte et la montre de loin) Philippe, du cabinet de détectives privés Philippe & Philippe. (L’inspecteur et le stagiaire s’approchent pour voir la carte, mais le détective la remet aussitôt dans sa poche de veste).

Inspecteur : Le privé ? (Ils baissent leurs armes). 

Détective : Oui, le ministre m’a mis sur le coup. Il veut être sûr que l’enquête soit bien menée et qu’il n’y ait pas de fuite. Sa réputation est en jeu.

Stagiaire : En tant qu’amant ?

Détective : En tant que ?... Euh, non… En tant que… que ministre. Lui et le barbier étaient très proches.

Victime : Pas que du barbier.

Inspecteur : Philippe, du cabinet Philippe & Philippe ? Connais pas ! Vous êtes deux ? Il est où l’autre ?

Détective : Non je travaille seul. Philippe, c’est mon nom… 

Inspecteur : Philippe avec deux « P » comme le prénom ?

Détective : Oui.

Inspecteur : Et votre prénom ?

Détective : Philippe… comme mon nom.

Stagiaire : Avec deux « P ».

Détective : Non avec un seul « L ». (Inspecteur & Stagiaire se regardent un peu perdus).

Détective : Et moi, à qui ai-je affaire ?

Inspecteur : Inspecteur Fernand Bérichon et mon stagiaire Leflanc de la police criminelle.

Détective : Je peux voir vos cartes ?

(Inspecteur et Stagiaire tendent leurs cartes de police. Le détective les prend et les sent).

Stagiaire : (Dans l’oreille de l’inspecteur, en sourdine). Je crois qu’il est non voyant !

Inspecteur : (En sourdine) Voyons ! A quoi le vois-tu ?

Stagiaire : Au lieu de lire, il renifle.

Inspecteur : Ce doit être un fin limier. On va savoir ça tout de suite.

(L’inspecteur fait des grands gestes devant le détective afin de vérifier s’il est aveugle. Le stagiaire lui emboite le pas en faisant de grosses grimaces).

Détective : (Après avoir reniflé les cartes) Hum, hum… je vous dérange ?

Inspecteur : Pardon. Nous pensions que vous étiez… (Le stagiaire continue ses grimaces). Leflanc, ça suffit !

Détective : On m’avait prévenu que je trouverai des gars de la crim’ sur place.  Des pointures m’a-t-on dit.

Inspecteur : On ne vous a pas menti. On est ce qui se fait de mieux en la matière.

Détective : Je vois ça. Bien ! C’est elle la… (Il est victime de soubresauts, et retourne la tête pour reprendre ses esprits) la victime ? Excusez-moi, je ne suis pas très habitué à traiter de telles affaires.

Stagiaire : (En sourdine au stagiaire) On dirait qu’il voit finalement.

Détective : Je ne suis pas sourd non plus… (Regardant la victime. Avec compassion) C’est fou, on a l’impression qu’elle est vivante.

Victime : Heureusement que je suis vivante, c’est juste de la figuration je vous rappelle.

Détective : Que sait-on sur elle ?

Victime : Erika, Schneider de mon nom de jeune fille, vingt-cinq ans. 

Stagiaire : C’est la femme du barbier qui répond au nom de « de Séville ».

Inspecteur : Qui est le barbier du ministre de l’intérieur Jean-Paul Gratis.

Détective : Tout ça je le sais déjà ! Quoi d’autre ?

Inspecteur : Assassinée de treize coups de couteaux… (Moue de dégoût du détective).

Victime : Quatorze pour les intimes.

Détective : Une idée de qui aurait pu faire ça ?

Inspecteur : Pas précisément.

Détective : Tan mieux…

Inspecteur : Pardon ?

Détective : Hein ? Euh.. Non je voulais dire… dommage que… que les victimes ne parlent pas, sinon on saurait tout de suite…

Victime : Eh oui ! Dommage ! Mais suffit de me demander.

Stagiaire : Dommage, dommage… Si elles parlaient, à quoi on servirait nous ?

Inspecteur : Bien vu Leflanc.
 


Une enquête au poil est une comédie théâtrale à destination des troupes et compagnies de théâtre amateur ou professionnel adultes ou ados.
Texte de SteF RusseiL pour 5, 6 ou 7 personnages (distribution modulable).
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